Dernière mise à jour : 04/08/2006
CONSTRUIRE
- RÉPARATION D'HÉLICE

LA RéPARATION DES héliceS EN BOIS (Keith PICKERSGILL – traduit par P. PONTOIS)

Une autre méthode de réparation des hélices en bois.

 

Certains pilotes prétendent que les hélices en bois ne sont pas réparables. Pourtant, nous en avons réparé plusieurs qui étaient sévèrement endommagées et nous les avons utilisées pendant de nombreux mois sans problème. 

Dans la mesure où on procède correctement, les réparations sont faisables sans réelle difficulté et ne nécessitent ni outils ni talents particuliers. 

On distingue deux techniques différentes, selon le genre de dégâts subis par l’hélice. 

Aussi bien la super-glue (super-colle), du type cyano-acrylate, appelée aussi crazy-glue, que la colle-résine époxy, peuvent être mélangées avec de la levure chimique appelée aussi poudre à pâte* (utilisée en pâtisserie) généralement à base de bicarbonate de soude. Ce mélange accroit considérablement leur force. 

La super-glue est utilisée pour réparer les fentes dans le sens des fibres ou des contre-collages en raison de sa grande capillarité qui lui permet de pénétrer profondément dans la déchirure. Un grain **, soit moins d’un mg, de poudre à pâte, est broyé et mélangé avec 2 ml de super-glue dans un récipient  PROPRE de verre ou d’acier inoxydable, tel qu’une cuiller à soupe. Le mélange doit être utilisé  presque immédiatement. La levure chimique le fait prendre très rapidement mais améliore aussi sa qualité et sa force. Veillez à ne pas utiliser trop de colle, ce qui ne serait pas bon. La couche de colle qui attache les deux côtés entre eux doit être microscopiquement mince.  

Une fois que la colle est prise, vous pouvez aussi utiliser un peu d’époxy pour remplir les sillons restants et augmenter la résistance structurelle. Mélangez environ 5 grains de levure chimique avec environ 3 ml du composant actif de la résine époxy, mélangez bien, puis ajouter l’autre composant, le durcisseur. 

Méfiez vous, de l’époxy 10 minutes se comporte comme de l’époxy 3 minutes quand elle contient de la levure chimique. Il faut donc travailler rapidement. Ne mélangez que de petites quantités à la fois et travaillez par étapes. Appliquez une mince couche de colle le long de la fissure et frottez dans le sens de la longueur avec le bout du doigt (bien propre) pour enfoncer l’époxy dans la fente. Après environ 2 minutes, la résine commencera à prendre. Vous pourrez alors mouiller le bout de votre doigt avec une solution de savon doux (j’utilise le détergent à vaisselle, une goutte pour 20 ml d’eau), masser légèrement l’époxy pour aplatir les aspérités et la faire pénétrer dans le bois.

Il se peut que vous ayez à poncer le joint légèrement et à le repeindre. La peinture transparente qu’on utilise pour les hélices est généralement une peinture époxy K2 à deux composants. Essayez la Duco ou la Glatex-8. Toutes deux se font en lustrée transparente ou en matte transparente et en milliers d’autres couleurs. 

Vous pouvez les appliquer au pinceau, ou les pulvériser avec un petit embout aérographe. J’utilise le modèle d’amateur, celui qui normalement est adapté au récipient d’un pulvérisateur aérosol, mais je le relie plutôt par un tuyau souple à une roue de secours de voiture que je gonfle au préalable à une pression de 5 à 7 bars (70 – 100 livres par pouce carré –PSI-).

Il faut regonfler la roue quand la pression tombe en dessous de 2 bars.

Ces peintures se préparent en général avec trois parties d’ingrédient actif pour une partie de durcisseur. Ajoutez encore une partie de diluant pour l’application au pinceau ou deux parties pour la pulvérisation à l’aérographe.

Voyons maintenant l’autre catégorie de réparations : Le morceau qui manque à l’hélice, ou le bord d’attaque sérieusement endommagé (une pierre qu’elle aurait frappée?) ou encore le bord de fuite abimé (on aurait laissé tomber l’hélice?) ou même les pointes de l’hélice un peu endommagées. 

J’ai récemment réparé une hélice que le silencieux du moteur, qui pesait bien un kilo, avait frappée à répétition ( le silencieux s’était détaché et faisait des cabrioles à l’intérieur de la structure quand l’hélice le tapait) Tous les câbles de la cellule étaient cassés, le câble de la commande des gaz était arraché du carburateur, une grande partie des fils était détruite et la structure, pourtant solide, était légèrement tordue. Complètement désespéré, le pilote ne pouvait pas s’offrir une nouvelle hélice en plus de toutes les autres réparations. J’ai donc entrepris de réparer ce qui semblait être bon pour la casse. 

Il y avait quelques fentes partant de l’extrémité des pales vers le moyeu sur à peu près un quart de la longueur des pales. Ces fissures suivaient les lignes de collages des planchettes composant l’hélice, mais elles étaient aussi parfois dans les planchettes elles-mêmes, en suivant le sens des fibres. Je les ai stabilisées avec de la super-glue et de l’époxy, comme expliqué plus haut. 

Par chance, les bouts de pales n’étaient que légèrement endommagés et je les ai reconstruits dans leur forme originale avec du mastic acier Puttey, un mastic époxy à deux composants. 

Le plus gros dommage, c’était une énorme cavité dans le bord d’attaque, d’environ 6 pouces (15 cm) de long et 3 pouces (7,5 cm) de profondeur  et aussi large que la partie la plus profonde (la plus épaisse) de l’hélice. 

Aux bords de cette cavité, on trouvait des éclats du bois qui avait été fortement compressé au centre de la zone d’impact. 

J’ai pris un « Stanley knife » (couteau à lames remplaçables très affûtées) et j’ai coupé impitoyablement toutes les parties fendues en éclats, en particulier tout ce qui dépassait du profil normal de la pale. Ensuite, j’ai coupé et ôté tout le bois écrasé à l’intérieur de la cavité jusqu’à ce que la partie manquante de l’hélice présente une coupure franche et nette. Puis je me suis employé à rendre rugueuses les surfaces internes de la cavité, là où j’allais ajuster le matériau de remplacement au bois. Dans ce but, j’ai simplement creusé dans le sens des fibres des sillons profonds d’environ 2 mm et séparés d’un mm, sur toute la longueur de la section endommagée. 

L’hélice était maintenant prête à être reconstruite.

En repensant au problème, il aurait certainement été plus simple et plus rapide de nettoyer toute la surface avec une meuleuse angulaire  qui m’aurait laissé une belle surface rugueuse sur laquelle j’aurais pu rebâtir. 

Comme matériau pour remplir ce trou géant, j’ai choisi un mélange de poussière de pin recueillie sur une scie et de mastic acier Prattey. 

J’ai fait un mélange de poussière de bois et de mastic, environ 10 ml de chaque, j’ai ajouté environ 5 ml de levure chimique finement broyée, puis le  durcisseur (encore 10 ml). 

J’ai remué avec soin ce mélange avec un rayon de vélo cassé dans un petit récipient de plastique et j’en ai rempli la partie endommagée. En utilisant le dos d’une cuiller jetable en plastique, j’ai pressé le matériau de remplissage pour lui donner progressivement la forme du bord d’attaque de la pale. 

Pour arriver au résultat, il a fallu faire 5 opérations successives de mélange et de remplissage de la partie endommagée. Chaque opération comprenant le remplissage de la cavité à la cuiller, puis le modelage à la forme approximative de l’hélice. Comme le mélange de remplissage prend lentement, on peut modeler le mélange comme on ferait avec de la pâte à modeler. Pendant qu’on prépare une autre quantité de produit, la première couche a déjà un peu durci et on peut continuer à bâtir par-dessus. Pour autant que la couche précédente ne soit pas dure comme de la pierre et tout à fait sèche, la nouvelle couche y adhérera très bien. L’idéal serait que l’ancienne couche soit encore un peu poisseuse avant d’appliquer la nouvelle. 

Modeler exactement au profil voulu est au-delà de mes talents artistiques, mais je m’assurais au moins qu’il n’y avait pas un creux là où il aurait dû y avoir du mastic. Je préférais même appliquer trop de mastic et enlever l’excès par la suite. 

Je laissais prendre le produit toute une nuit et le lendemain matin je me suis retrouvé devant un mini paysage de champ de bataille, plein de cratères, de rides et d’empreintes digitales. 

J’ai alors pris un disque abrasif de grain moyen et l’ai placé sur une perceuse à colonne. J’ai tenu l’hélice horizontalement sous  le disque qui tournait et j’ai progressivement enlevé les excroissances du dessus de l’hélice, me guidant sur le bois qui entourait la réparation.

Il serait revenu au même de placer l’hélice dans un étau et d’utiliser une perceuse à main avec un disque abrasif. Peut-être même une lime ou râpe à bois à grain fin auraient aussi fait l’affaire. 

Quand, avec le disque de grain moyen, je fus presque arrivé à une surface lisse, j’ai remplacé celui-ci par un disque à grain fin et j’ai lentement terminé le travail. 

Pour la dernière finition, j’ai utilisé une éponge abrasive (C’est un bloc à poncer, mou comme une éponge et couvert d’un matériau abrasif, fabriqué par 3M). Cette éponge se plie et épouse les variations de surface de la pièce que l’on ponce. Le fini obtenu est très doux et la surface de la partie poncée se confond parfaitement avec la surface de l’hélice. 

J’avais donc obtenu une hélice dont la forme était parfaite, mais dont une énorme surface grise causée par le matériau de remplissage gâchait l’apparence. Je décidai alors de la peindre au pistolet en rouge brillant (rouge drapeau). Je perdrais la belle teinte et la belle texture du bois, mais le rouge cacherait la tache grise. 

Je vérifiai ensuite l’équilibrage de l’hélice et constatai que le côté de la grosse réparation n’était que légèrement plus lourd. 

J’avais fait ma peinture au pistolet quand l’hélice était suspendue à mon dispositif d’équilibrage (celui-ci fera l’objet d’un autre article si quelqu’un veut vraiment savoir le secret de l’équilibrage précis d’une hélice). 

Je me suis contenté de pulvériser davantage de peinture du côté léger jusqu’à ce que l’hélice soit équilibrée. 

Une fois la peinture sèche, il m’était impossible de  distinguer quelle était la pale réparée à moins de frapper l’hélice d’une chiquenaude pour détecter la légère différence de résonance d’un côté à l’autre.

Voilà!*** L’hélice avait l’air flambant neuve. J’ai mis un peu de jaune sur la pointe (par sécurité) et je l’ai livrée à mon pilote qui l’a reçue avec un large sourire. Il a volé de nombreux mois avec cette hélice sans aucun problème. En fait, il soupçonne que je lui ai donné une hélice neuve.

La réparation a pris au total 6 heures de travail, réparties sur deux jours, mais c’était une expérience instructive qui valait la peine d’être tentée.

Qui a dit qu’on ne pouvait pas réparer les hélices en bois?

Peu de temps après, un pilote qui avait entendu parler de mon travail de restaurateur m’a apporté un plein seau de débris qui, selon lui, auraient appartenu dans le passé à une hélice. Fouillant jusqu’au fond du seau, j’ai extirpé un moyeu. Je pense donc que mon visiteur ne plaisantait pas. Hélas, les miracles ne sont pas de mon ressort (peut-être dans une autre vie?), aussi, je n’ai pas tenté de rassembler les morceaux de ce puzzle aéronautique.

Je les ai plutôt ajoutés à la pile toujours plus haute des hélices cassées, bientôt 40, à divers niveaux de désastre. Nous pensons faire un feu de joie rien qu’avec des hélices cassées, la nuit de Guy-Fawkes, le 4 novembre****.

Tout le monde est invité, apportez donc une vieille hélice ou deux avec vous. Ce sera une bonne veillée barbecue, arrosée de quelques bières, au cours de laquelle on se racontera l’histoire de chacune des hélices cassées.

 

NOTES  DU  TRADUCTEUR:

 

*Mélange sous forme de poudre blanche, composé essentiellement de bicarbonate de soude et servant à faire gonfler pâtes et gâteaux. Contrairement à la levure qui agit grâce à la fermentation de micro-organismes vivants, la levure chimique fait seulement intervenir des réactions chimiques. En fait il s'agit d'une simple réaction chimique de type acide-base. Pour cela la poudre est constituée donc d'une base : le bicarbonate de soude (NaHCO3) et d'un acide en poudre. Tant que cette poudre est sèche la réaction ne démarre pas. Dès que la poudre est humide un dégagement de gaz carbonique (CO2) apparait ce qui fait gonfler la pâte. D’une marque à l’autre, il y a des variantes dans la composition chimique, l’addition de phosphate de chaux au bicarbonate, par exemple.

 **Un grain, ancienne mesure anglo-américaine

 = 0,065 gramme (et non pas moins d’un mg comme indiqué dans le texte.) Dans le langage américain courant, on dit souvent un grain pour une toute petite quantité, sans spécifier exactement son poids. J’ai l’impression que dans ce texte l’auteur utilise le terme grain comme nous on dirait « une pointe de couteau » par exemple. 

Système

anglais

et

américain


avoirdupois

1 grain (gr.) = 0,065g

100g = 1538,46 grain (gr.

1 dram (dr.) = 1,772g

100g = 56,43 dram (dr.)

1 once (oz.) = 28,349g

100g = 3,527 once (oz.)

1 livre - pound (lb.) = 453.558g

100g = 0,220 pound (lb.)

1 stone (st.) = 6350 g

100g = 0,02 stone (st.)

*** En Français dans le texte. 

**** Guy-Fawkes night, Nov. 4th.

En fait, ce n’est pas le 4, mais le 5 novembre qu’on célèbre de façon humoristique et conviviale ce personnage. Guy Fawkes était l’instigateur d’un attentat manqué contre le parlement Britannique en 1605. Il est célébré comme « le seul homme qui soit jamais entré au parlement avec des intentions honorables «  (!).

Son prénom est devenu synonyme de personne ordinaire dans le langage courant, a guy, un gars, dirions-nous.

Son nom revient souvent dans Dickens. Récemment, J.K. Rowling, l’auteure de Harry Potter l’a utilisé pour nommer le phénix.

Guy Fawkes a été pendu haut et court. Autres temps, autres mœurs, le caporal Denis Lortie qui avait fait la même chose il y a une vingtaine d’années au parlement Québécois, tuant plusieurs personnes, a subi une thérapie au cours de laquelle on lui a expliqué qu’il était très vilain d’assassiner son prochain, il est maintenant sorti de prison et mène une vie exemplaire de père de famille.

Origine de l’article : texte par Keith Pickersgill   (article original)

proposition de Jean-Jacques LEGRAND

Traduction : Paul PONTOIS

Mise en page html & mise en ligne : Bruno CORBEAU

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